La septième élégie
Nichita Stànescu
L'option au réel
Je vis au nom des feuilles, j'ai des nervures,
je change le vert contre le jaune et
me laisse anéantir par l'automne.
Je vis au nom des pierres et me laisse
tailler en pavés pour l'empierrement des routes
sillonnées par des voitures pressées.
Je vis au nom des pommes et j'ai
six noyaux crachés entre les dents
de la jeune fille qui pense toujours
aux paresseuses danses d'ébonite.
Je vis au nom des briques
qui portent des bracelets de mortier pétrifiés
à chaque poignet, tandis que j'étreins
l'éventuel jaune d'oeuf des existences.
Je ne serai jamais sacré. Je
suis trop pris par l'imagination
des formes concrètes.
Et je n'ai plus le temps, à cause de cela,
de penser à ma propre vie.
Me voici. Je vis au nom des chevaux.
Je hennis. Je saute par-dessus des arbres coupés.
Je vis au nom des oiseaux,
mais surtout au nom du vol.
Je crois avoir des ailes, mais on
ne les voit pas. Tout pour le vol.
Tout
pour adosser ce qui est
à ce qui sera.
Je tends une main qui, à la place des doigts,
a cinq mains
qui, à la place des doigts,
ont cinq mains qui,
à la place des doigts,
ont cinq mains...
Tout pour étreindre,
minutieusement, tout,
pour tâter les paysages à naître
et les égratigner
jusqu'au sang
d'une présence.
Par petitefeecosmik, Lundi 9 Juin 2008 à 16:10 GMT+2 dans Poésies (article, RSS)






