La cinquième élégie
Nichita Stànescu
La tentation du réel
Je n'ai jamais été fâché avec les pommes
car elles sont pommes, avec les feuilles car elles sont feuilles,
avec l'ombre car elle est ombre, avec les oiseaux car ils sont oiseaux.
Mais les pommes, les feuilles, les ombres, les oiseaux
se sont soudain fâchés avec moi.
Me voilà amené devant le tribunal des feuilles,
le tribunal des ombres, des pommes, des oiseaux,
des tribunaux ronds, des tribunaux aériens,
des tribunaux minces, frais.
Me voilà condamné pour mon ignorance,
pour mon ennui, pour mon inquiétude,
pour mon immobilité.
Des sentences écrites dans la langue des grains.
Des actes d'accusation paraphés
avec des entrailles d'oiseaux,
de fraîches pénitences grises, décidées à mon intention.
Je reste debout, la tête découverte,
j'essaie de déchiffrer ce qui m'est dû
pour mon ignorance...
et je ne peux, je ne peux rien déchiffrer,
et cet état d'esprit, lui-même,
se fâche avec moi
et me condamne, inexplicablement,
à une perpetuelle attente,
à un raidissement intérieur des sens
tant que ceux-ci ne prennent pas la forme des pommes, des feuilles,
des ombres,
des oiseaux.
Par petitefeecosmik, Lundi 9 Juin 2008 à 16:02 GMT+2 dans Poésies (article, RSS)






